ETAPE 14 : de Mondragon à Bonpas

04 /05
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En route après Sorgues.

Sur 2 x 2 voies la départementale 907 bordée d'usines et d'entrepôts n'a plus grand chose à voir avec la route des vacances.
C'est que nous sommes dans la banlieue d'Avignon, rien de bien glamour donc..
Mais poursuivons en direction du Pontet.

 


Les paroles de la chanson " le petit Jardin" de Lanzmann /Dutronc
collent assez bien avec ce qui risque d'arriver au Relais Provençal, à l'entrée du Pontet.

Mais un jour près du jardin
Passa un homme qui au revers de son veston
Portait une fleur de béton...

.. A la place du joli petit jardin
Il y a l'entrée d'un souterrain
Où sont rangées comme des parpaings
Les automobiles du centre urbain.

Le Pontet Km 683

La commune du Pontet est relativement récente dans l'histoire, puisque ce n'est que le 17 février 1925, qu'un projet de loi officialise la création de la commune.
Les premières élections municipales se tiendront en mai 1925.

Le nom de la ville est lié à un petit pont de bois qui enjambait la Roubine à l'entrée sud d'un hameau, alors territoire de la cité d'Avignon.
Le pont fut reconstruit en pierre une première fois en 1537, puis une seconde fois en 1618.
Ses mesures modestes à l'époque, 1,20m de large tout au plus, faisaient qu'on le surnommait le Pontet (petit pont).
Ce sobriquet fut par la suite attribué à l'ensemble du hameau.
Aujourd'hui, la rivière Roubine est partiellement couverte, et le petit pont de pierre à totalement disparu.

L'avènement des papes à Avignon en 1309, va transformer la vie du hameau.
La construction des canaux de la Fontaine de Vaucluse jusqu’à Avignon apporte une expansion artisanale à la future cité papale et participe déjà au développement économique du Pontet.
De grands domaines, propriétés des papes apparaissent aux alentours de la cité.
Ils vont contribuer à l'essor démographique de la région, ainsi qu'à la sédentarisation de la population.

La construction de nouveaux canaux d’adduction d’eau transforme l’activité et modifie les paysages.
Moulins à foulons et teinturiers s’installent sur les berges.
Au XIVe siècle, l’industrie du papier, et au XVIIIe siècle les filatures et l’industrie de la garance (fabrique de garancine) assurent une stabilité financière à la région.

Devant l’industrialisation croissante, les grands domaines s’effacent.
La période de reconstruction de l'après-guerre connaît une poussée démographique constante.
La prédominance des activités industrielles entraîne une modification radicale du paysage urbain, et un besoin croissant d’équipements (logements, écoles, travaux de voirie…).

Sources et extraits : http://www.ville-lepontet.com


Un petit hôtel Restaurant de charme dans la banlieue d'Avignon. Vous m'en direz des nouvelles... Le Pontet D 907.


Le charme de la banlieue glauque. Le Pontet D 907.

Les ronds-points d'Orange nous avaient habitué au matériel militaire, celui situé à l'entrée du Pontet est orné d'un Vélocipède géant.

La ville du Pontet commémore ainsi "Le tout premier voyage à vélocipède au monde", réalisé entre Paris et Le Pontet en 1865 par les frères Aimé et René Olivier accompagnés de Georges de La Bouglise.
Partis de Paris en août 1865, les trois vélocipédeurs mettront 8 jours pour rallier Le Pontet après 750 km à rouler sur des routes peu praticables.
Un exploit à l'époque.

Pour en savoir plus :

http://parisvelocipedia.fr/index.php/component/content/category/10-histoire

https://parisavignonenvelocipede2015.wordpress.com

Entrepôts, entreprises, aires de stockage, concessions, fabriques et industries de toutes sortes ... ne nous laissons pas distraire par la beauté du paysage, les giratoires et les échangeurs en tous genres.
Ne nous égarons pas en empruntant une quelconque bretelle de contournement apparues à partir des années 1960.
La route nationale 7 originelle filait tout droit en direction du Pontet.

Certes, difficile aujourd'hui d'imaginer à quoi pouvait ressembler le secteur en 1960, quoique ...
Juste après le pont qui surplombe les 4 voies de la "route touristique des bords de Rhône" (D225 puis D907), au milieu des entrepôts sur la gauche, on aperçoit la cime de quelques platanes.


Des arbres sur la gauche....c'est un signe qui ne trompe pas !!

Prenez à gauche. Nous allons remonter le temps.
Nous voici revenu en 1960, avenue St Jean, sur la nationale 7 d'origine, ancienne route de Sorgues.


Avenue St Jean, Ancienne Nationale 7.

Hélas notre plaisir ne durera que 400 mètres.
La route est interrompue par la voie ferrée, et aujourd'hui plus question de franchir le passage à niveau.

De l'autre côté des voies c'est l'avenue Delorme, toujours l'ancienne route nationale 7.
Sur la gauche, l'ancienne gare aujourd'hui désaffectée.
La petite maison du garde barrière qui jouxtait la route a été rasée vers 2010.


De l'autre côté des voies, la route se poursuit avenue Delorme.

Posons nos sacs un instant et remontons une nouvelle fois le temps...

La gare du Pontet est mise en service le 29 juin 1854 par la Compagnie du Chemin de Fer de Lyon à Marseille (LM).
Elle rejoindra bientôt la ligne Lyon-Paris (PL) pour devenir par la suite la compagnie PLM (Paris-Lyon-Méditerranée).

Située à proximité des établissements industriels et commodément accessible par la route nationale 7, la station du Pontet comprend un bâtiment de voyageurs ayant une salle d’attente, un abri pour les voyageurs, deux trottoirs, un quai de marchandises découvert, suivi d’un quai couvert de trente mètres de longueur, des cours et des dépendances pour un grand service de charbon.


Train entrant en gare du Pontet.

Dès l’ouverture de la ligne, quatre trains de voyageurs et un autre de marchandises desservent quotidiennement la gare du Pontet dans les sens Marseille-Lyon et Lyon-Marseille.
En 1877, la gare est desservie par huit trains de voyageurs par jour.
Devant l’augmentation du trafic des marchandises et des voyageurs, la gare est dotée d’une voie de garage en 1882 et sera agrandie en 1897.
La gare de marchandises se spécialise dans l’arrivage et l’expédition de matériels liés aux industries alentours.

Le passage à niveau sur la route nationale 7 est ouvert en 1853, un an avant la gare.
Il va vite s'avérer source de problème pour la circulation automobile.
En effet, le règlement de la compagnie Lyon Marseille stipule de laisser les barrières fermées en permanence, et de ne les ouvrir que sur demande des voituriers qui veulent franchir le passage...
.. sacrifiant ainsi la route au bénéfice du rail !

De plus le temps d'ouverture des barrières est compté. 5 minutes pour les automobiles, 2 minutes pour les piétons, et 15 minutes pour les troupeaux...

Même si de telles dispositions laissent présumer d'un trafic routier plutôt sporadique à l'époque, elles ne sont pas sans conséquences sur la circulation routière et engendrent quelques problèmes de ralentissement.


Le passage à niveau du Pontet. Image réactive.
Au premier plan les barrières rotatives et la maison du garde barrière, au second plan la gare.

A force de mécontentement et sous la pression des automobilistes, la compagnie adopte finalement une situation normale, à savoir : barrières fermées avant l'arrivée d'un train et ouvertes le reste du temps.

Ces nouvelles dispositions prévoient la fermeture des barrières au moins 5 minutes avant le passage d'un train.

Extrait du rapport de l'ingénieur des Ponts et Chaussée du 21 novembre 1855 :

Cette nouvelle organisation a de profonds inconvénients pour la circulation sur les routes.
Qu'une voiture se présente moins de cinq minutes avant le passage normal d'un train, on refusera de la laisser passer.
Le gardien, fidèle à sa consigne, n'ouvrira la barrière qu'après l'arrivée du convoi.
Si donc celui-ci a un retard quelconque, la voiture devra en souffrir et attendre parfois une demi heure [...]

Gardons à l'esprit que les barrières doivent également être fermées lors des manœuvres des trains en gare, ou encore lorsqu'un convoi trop long déborde sur le passage à niveau.

Malgré ce retour à la normale, en 1887, la chambre de commerce d'Avignon demande à la compagnie de procéder au plus vite à la suppression radicale de ce passage à niveau provoquant des retards importants.
C'est qu'entre temps la fréquentation de l'axe routier s'est intensifiée, comme d'ailleurs le trafic ferroviaire qui compte à cette époque une soixantaine de trains journaliers et donc autant d'interruptions de circulation.

En 1890, le passage à niveau du Pontet fait encore parler de lui.
Il est alors équipé de demi barrières rotatives dont les battants s'ouvrent... coté route.
On comprend donc toute la difficulté du garde-barrière qui, pour pouvoir rouvrir la route à la circulation, doit parfois faire reculer la file d'automobiles gênant la manœuvre des vantaux.
Les barrières seront donc modifiées et leur ouverture se fera coté voies...

Après la première guerre mondiale, le passage à niveau est toujours un passage à problème comptant de nombreux accidents.
Le 28 juillet 1929, un accident terrible se produit. Trois personnes perdent la vie dans cette tragédie.
Immédiatement, de nombreuses communes émettent de vives protestations.
Plus personne ne veut supporter les embouteillages permanents, les pertes de temps, et surtout l'insécurité de ce lieu.

A cette époque le Tramway électrique qui part vers Sorgues, franchit les voies ferrées non pas au passage à niveau, mais un peu plus loin en contrebas en passant sous les voies.
Le même principe de passage inférieur est envisagé pour la route, mais restera à l'état de projet.


Le passage à niveau avec ses barrières rotatives, (ouverture côté voies) vue vers Sorgues. Image réactive.
Le tramway électrique ne traversait pas les voies, mais passait par un passage inférieur un peu plus loin.

Après la seconde guerre mondiale, le trafic sur la nationale 7 augmente et les accidents au passage à niveau sont de plus en plus fréquents.
En 1951 on frôle même une catastrophe, un car transportant 50 écoliers évite de justesse la collision avec un train.
Ce dernier incident, qui aurait pu être tragique, va décider les ponts et chaussées à sécuriser le secteur.
Les barrières s'ouvrent désormais en quinconce, afin de permettre un dégagement des voies plus rapide, des signaux clignotants sont positionnés 50 mètres avant le croisement, et des feux rouges sont placés aux abords du passage.

Si ce nouveau dispositif affirmait qu'aucun accidents ne pouvait plus se produire au Pontet... c'était sans compter sur les automobilistes étourdis ou pressés qui ne tenaient pas compte de la signalisation...

Ce n'est qu'en 1955 que le passage à niveau sera supprimé et remplacé par un passage supérieur, déviant ainsi la route nationale 7.


En jaune le tracé de la route nationale 7 avant 1955. En rouge le passage supérieur post 1955.

Extraits et sources :
https://rail-en-vaucluse.blog4ever.com
http://www.ville-lepontet.com


En route -

Après ce petit intermède ferroviaire, il est temps pour nous de poursuivre notre escapade.
Deux possibilités s'offrent à nous.
Soit emprunter le passage supérieur en passant par l'actuelle route, soit emprunter le passage inférieur, celui utilisé à l'époque par le tramway.
Il faudra pour cela longer le chemin des Magnanarelles à droite puis tourner à gauche sous les voies pour nous retrouver au cœur du pontet Rue Delorme.


Rue Delorme, ancienne route de Sorgues, vue en direction d'Avignon. Image réactive.
Même point de vue au temps du Tramway, qui après son détour par son passage sous les voies ferrées, retrouvait ici son parcours rectiligne.

Par endroit, la ville possède encore le charme de ses années 1970, celle d'une petite ville provinciale, qui n'a pas encore totalement succombé au tout béton.
Mais ça ne saurait tarder....


Croisement des routes d'Avignon et de Sorgues, aujourd'hui rond point des avenues Delorme et République. Image réactive.
Remarquez le petit jeu de chaises musicales... Le café de Paris occupe aujourd'hui l'emplacement de la supérette, la supérette
celui du café, seule la boulangerie au milieu n'a pas bougé.


En Direction d'Orange ou de Valence. Le béton est en marche... Image réactive


Avenue de la République , vue en direction de Sorgues. Image réactive.
Deux stations services face à face (Mobil à droite) en plein centre ville !! Inconcevable aujourd'hui !


Escapade au Pontet, douceur de vivre Provençale. Image réactive.
Même point de vue aujourd'hui...

 

Vous souhaitez éviter la Cité des Papes, et surtout sa zone commerciale, alors une petite déviation s'impose.

Sur la gauche, la Nationale 107, déclassée en 2005, est l'ancienne appellation de la RN7 F,
une antenne de la RN7, qui assurait une rocade extérieure entre Le Pontet et Cantarel.

Un raccourcis par Montfavet de quelques 6 km permettant d'éviter Avignon et de récupérer la RN7 un peu plus au sud.

Suite à la réforme de 1972, la RN7F fut renommée en RN107.

 

Sinon poursuivons vers Avignon.

Pour notre part, poursuivons en direction de Lyon, à travers la grisâtre banlieue, le long d'une avenue général de Gaulle où s'alignent dans la plus pure anarchie, les cités dortoirs et les entrepôts des rois du pneus, du meuble, ou du tuning,
vaines tentatives de bonimenteurs pour appâter le chaland perdu dans cette débauche de commerces plus ou moins moribonds ....


Flèches rouges : ancienne RN7. Flèches noires : actuelle RN7 /D907. Flèches bleues : RN 107 alternative au tracé N7.

La limite entre Le Pontet et Avignon se situe sous le pont, sur lequel passe la rocade D907, que nous avions abandonnée avant Sorgues pour découvrir le tracé original de la route.

 


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Rendez-Vous Nationale 7 @2019